La Vierge Noire – Patrick BURENSTEINAS
Quelle est la symbolique de la vierge noire pour l’alchimiste?
« Dans la Cathédrale de Chartres (France) – Nous rencontrons la vierge noire : Notre-Dame du Pilier. Nous pouvons constater qu’elle porte une robe tissée de fils d’argent. L’argent étant un métal lunaire, féminin, il représente l’énergie passive, c’est à dire qui va de l’extérieur vers l’intérieur, tout comme la couleur noir d’ailleurs. Tout dans cette représentation fait que cette vierge absorbe, nous vide. L’argent correspond à la première épreuve que l’initié doit franchir :
La maîtrise de la peur, pour trouver l’ouverture d’esprit, la spiritualité. C’est en effet encore renforcé par le fait que l’enfant qu’elle porte est enceint d’une couronne ornée de pierres violettes. C’est la couleur de la spiritualité, car elle est la dernière couleur visible de notre monde dans le spectre de la lumière : après vient l’ultraviolet qui, lui, est invisible. Celui qui porte le violet est donc l’intercesseur entre le visible et l’invisible. Ce qui explique pourquoi les évêques sont habillés en violet et portaient une améthyste. La vierge noire est, bien sûr, une résurgence du mythe d’Isis et d’Osiris (…).
Pour l’alchimiste, c’est une indication précieuse pour la suite de son travail. À chaque fois qu’il la trouvera, comme dans Le serpent vert de Goethe (publié en 1795), les dragons verts, que nous trouvons dans de nombreux contes de fée, et dans notre cas les cierges verts, son attention sera immanquablement attirée. N’est-ce pas pour lui la VÉRité?
Sur le pèlerinage de Compostelle, l’alchimiste trouvera, à chaque étape de son chemin, une vierge noire. Même si d’autres interprétations venant plus tard dans l’oeuvre sont possibles, au début, elle représente la première phase de son travail. Lors du Grand Oeuvre, la première chose à faire est de purifier la matière, de la décomposer, de séparer le subtil de l’épais. Comme en alchimie l’expérimentateur participe intimement à l’expérience, il est évident qu’il passera par les mêmes phases.
C’est l’oeuvre au noir. Du noir, de la putréfaction, sortira la matière vierge qui portera l’enfant à naître, la Pierre des Philosophes. De la décomposition de nos habitudes, du carcan de nos préjugés, par dissolution de nos certitudes, nous sortirons vierges pour recevoir la Lumière. »
Patrick BURENSTEINAS, Alchimiste, auteur, conférencier.
Extraits de son livre Chartres, cathédrale alchimique et maçonnique (Ed. Trajectoire).