Les synchronicités du deuil – Stéphane ALLIX

« Une synchronicité revêt une importance émotionnelle prépondérante pour la personne qui la vit, car celle-ci fait le constat objectif et indiscutable à ses yeux de l’existence d’un lien de sens entre différents éléments ou épisodes de sa vie, liens qui ne sont pas attribuables à la loi de cause à effet.

Cette caractéristique subtile a pour conséquence de faire dire aux gens rationnels que l’on voit des signes où l’on veut, et que c’est par hasard qu’ils se produisent. Ce serait donc par hasard que Dominique demandant un signe à son fils a vu une hirondelle entrer au même instant dans sa chambre, et en a trouvé une morte sur la tombe l’après-midi. Certes. Mais il arrive qu’avec le temps, même les plus cartésiens découvrent que nos ressentis, nos perceptions subjectives sont parfois plus justes que nos certitudes scientifiques. C’est mon cas. En effet, dans le questionnement sans fin qui est le mien depuis la mort de mon frère (ndlr – en Afghanistan, 2001), j’ai découvert qu’il est parfois irrationnel de passer à côté de tant de signes, au prétexte de vouloir rester rationnel.

Sa médiumnité a-t-elle aidé Dominique dans son deuil? Oui, même si la perte d’un enfant est une blessure qui ne se referme jamais. On ne fait jamais le deuil d’un enfant. Tous les ans, elle l’imagine âgé d’un an de plus. Il serait peut-être marié aujourd’hui? Elle-même serait peut-être grand-mère? La maman en elle, la femme, n’est pas la médium. Elle est amputée à jamais. Cela dit, quand les mères viennent la consulter, elle comprend ce qui est impossible à comprendre pour ceux qui n’ont pas traversé une telle épreuve. Pour sa part, elle sait qu’elle doit avancer, aider les gens, et ne pas se laisser aller. Il y a des femmes qui s’écroulent, ce n’est pas dans sa nature. Le jour des obsèques, sous le choc, elle n’a pas versé une larme, pas une, à tel point qu’elle en était même gênée.

Non, la médiumnité ne guérit pas. Cette remarque de Dominique est importante à retenir, comme nous allons le découvrir lorsqu’on abordera l’éventuel apport d’une consultation chez un médium dans un parcours de deuil, au terme de ce livre (ndlr – cf notre article : Consulter un médium dans les règles). En revanche, là où sa médiumnité lui apporte de l’aide, c’est dans la certitude qu’elle va retrouver son fils. C’est la seule chose dont elle soit totalement convaincue : elle va le retrouver. Elle l’entend aussi parfois. Ces moments sont des instants de grande sérénité.(…)

Dans un processus de deuil, aller voir un médium n’est pas une nécessité. Mais si l’idée prend forme dans l’esprit d’une personne, il ne faut pas la refouler non plus. Car cela peut devenir un accompagnement extrêmement précieux. Une consultation est susceptible d’ouvrir une porte, dit Dominique, mais elle prévient aussi qu’en aucun cas il ne faut imaginer que cette séance va régler la souffrance : la médiumnité n’est pas un antidouleur magique. »

Stéphane ALLIX
Extrait de son livre Le Test, Albin Michel.

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